
Comment s'est déroulée cette enquête ?
Philippe Tournier : Depuis l'annonce de l'assouplissement de la carte scolaire, nous nous questionnions sur le maintien ou non de la mixité scolaire dans les établissements. Par l'intermédiaire de notre site Internet, nous avons interrogé nos adhérents du 9 au 19 mars 2010 et obtenu 2 758 réponses, soit le tiers des établissements français. Ce panel est très représentatif du "ressenti" des chefs d'établissements et de leurs adjoints.
Quels en sont les principaux enseignements ?
Philippe Tournier : Une grande majorité des établissements dit ne pas être concernés par l'assouplissement de la carte scolaire décidée en juin 2007, soit parce qu'ils sont le seul établissement de leur territoire géographique, soit parce qu'ils sont déjà complets en raison de leur excellente réputation. Mais 10 % des établissements établissent de fortes corrélations entre l'assouplissement de la carte scolaire et la perte de leurs effectifs ou une modification du profil social et scolaire de leurs élèves.
Quels risques peuvent découler de ce constat ?
Philippe Tournier : A travers l'analyse de cette enquête, il apparaît que la mise en concurrence latente entre établissements conduit à un début de déstabilisation des établissements moyens, notamment ceux implantés dans les villes moyennes. Par ailleurs, la ghettoïsation est une réalité pour un tiers des établissements situés en ZEP/RAR, où l'absence de mixité sociale et scolaire peut exagérément dégrader la situation, même avec des équipes très motivées. Une fois qu'un établissement est devenu un lieu de risque professionnel, faut-il le fermer ? Certains chefs d'établissement le disent, mais on ne fait que transférer le problème ailleurs. La mixité sociale et scolaire n'est pas au rendez-vous…