
A Paris, 2 550 élèves de 11 à 18 ans font partie cette année d'une classe d'accueil et d'intégration gérée par le CASNAV, Centre académique pour la scolarisation des nouveaux arrivants et des enfants du voyage. Lors de leur arrivée, leur niveau linguistique et scolaire a été testé par une cellule d'évaluation, puis ils ont été affectés dans une classe adaptée aussi proche que possible de leur domicile, au collège ou au lycée. "La particularité du CASNAV de Paris est la présence dans ses locaux d'une cellule d'évaluation, ouverte deux matinées par semaine, explique Martine Chomentowski, sa coordinatrice. Cela accélère le processus, puisqu'il faut compter une semaine de délai seulement entre l'évaluation et l'affectation."
Réparties sur tout le territoire parisien, ces classes sont accueillies dans les collèges et les lycées qui disposent d'une salle libre, qu'ils soient réputés difficiles ou situés dans quartier favorisé. Ces classes, qui peuvent regrouper aléatoirement des jeunes aux situations très différentes, sont le plus souvent exemptes de conflits. "La gestion de problématique de tension ou de conflits est extrêmement rare", souligne Martine Chomentowski, qui précise que les préventions des chefs d'établissement tombent lorsqu'ils ont accueilli avec succès plusieurs de ces classes. "Assez curieusement, cette population d'élèves venus de l'étranger n'est pas une population à risques, ni socialement, ni scolairement. Ce sont des élèves particulièrement réceptifs, très motivés, qui manifestent une très forte demande et une grande appétence pour la découverte scolaire."
Des enseignants experts
De leur côté, les 170 enseignants du CASNAV, presque tous diplômés en Français Langue Etrangère, ont un parcours atypique qui leur permet de voir les élèves dans toute leur complexité, en identifiant à la fois leurs difficultés et leurs ressources. Beaucoup d'entre eux ont déjà enseigné à l'étranger et ont une attirance particulière pour l'enseignement en classe d'accueil. Bien sûr, c'est une gageure pour ces enseignants d'avoir face à eux une classe de 15 ou de 24 élèves aux origines géographiques variées. "Les enseignants sont des experts en phonétique, en phonologie, en didactique de la langue, précise Martine Chomentowski. Ils sont engagés dans des modalités professionnelles particulières qui nécessitent une remise à niveau permanente." Le CASNAV met d'ailleurs à leur disposition un référent formateur qui leur permet de se tenir au courant de l'actualité didactique et pédagogique.
Les photos qui illustrent ce dossier ont été réalisées dans la classe d'accueil (CLA) du collège Flora Tristan, dans le 20e arrondissement de Paris. Enseignante de Français Langue Etrangère, Marie-Hélène Le Gall accueille 11 élèves de 12 à 14 ans venant de Mongolie, de Chine, de Tchétchénie, d'Algérie, de Tunisie, des Philippines, du Pakistan, de Roumanie. Lorsque leur niveau de français sera jugé compatible avec la poursuite de leur scolarité au collège, ils seront admis en 6ème ou en 5e, en fonction de leur âge.
L'intégration scolaire, une exception française ?
Trois questions à Hervé Lefeuvre, directeur du CASNAV de Paris
L'intégration scolaire est-elle une exception française ?
Hervé Lefeuvre : "Dès qu'ils arrivent sur le sol français, les enfants deviennent des élèves. Pour l'Etat français, il y a un "devoir" de prise en charge et pour l'enfant, un "devoir" de devenir un élève. Cette dimension est liée à notre façon de concevoir l'école. Le code de l'école est impositif, normatif, oublieux de l'identité personnelle. C'est en cela qu'il est intégrateur."
Une fois que l'élève a été intégré, à quelles exigences est-il confronté ?
"Notre système est très ambitieux. D'un côté on scolarise tout le monde, y compris des élèves âgés, des enfants qui n'avaient jamais été scolarisés, de l'autre, les exigences se sont accrues. En exigeant que les élèves les plus jeunes rejoignent une classe ordinaire pour poursuivre leur parcours scolaire, ou que les plus âgés obtiennent un diplôme qui facilite leur intégration sociale, on a corsé l'objectif."
Y parvenez-vous ?
"Nous n'avons pas, pour l'instant, la possibilité d'évaluer cette logique d'efficience. Jusqu'à présent, ce genre de statistiques était proscrit, en raison du côté universaliste de la France. Nous souhaitons diligenter cette année une enquête sur les parcours des élèves sortis du CASNAV. Cette enquête permettrait d'observer si les élèves sont dans la norme de leur classe d'âge ou s'il existe des écarts, dans le choix de la filière de professionnalisation, notamment."