
En plein cœur du mouvement des personnels d’un lycée de Seine-et-Marne, deux enseignants de cet établissement évoquaient à la télévision la difficulté à enseigner à leurs élèves, eux-mêmes emportés dans leurs propres souffrances et peu disponibles pour l’acte scolaire. Ils disaient aussi leur crainte permanente de voir entrer dans leur établissement les violences extérieures et exerçaient pour l’exprimer, comme un cri d’alarme, leur « droit de retrait ».
Le terme de « violence scolaire » paraît bien inapproprié. On préfèrera celui de « violence en milieu scolaire » retenu par les rédacteurs de la circulaire interministérielle N°2006-125 du 16-8-2006. Non pas qu’un terme atténue le fait, mais il reflète une réalité, celle des maux d’une société devenue violente, qui entrent dans l’école et menacent autant les élèves que leurs enseignants ou les autres personnels.
La question est souvent posée de savoir si cette violence scolaire est en augmentation. Les situations d’agression qui sont déclarées aux Autonomes de Solidarité Laïques ne le démontrent pas. En revanche, ce qui est évident, c’est leur degré de gravité, qui est toujours plus important.
Le terme de « violence scolaire », bien trop générique, recouvre donc des faits très différents. Des actes graves, heureusement rares, observés ces derniers mois, aux incidents qui conduisent aux coups et blessures, le quotidien des établissements scolaire est plutôt constitué d’incivilités récurrentes, de situations déstabilisantes, tant pour les professeurs, pour leurs élèves ou les autres personnels de l’établissement. Tous les jours, des personnels sont confrontés à des cris, des insultes, voire des menaces. Ce qui pourrait sembler insignifiant devient insupportable, tant ces «souffrances » parasitent le quotidien.
Evoquer cette dernière réalité avec les mêmes termes que ceux utilisés pour décrire l’extrême violence risque fort d’empêcher de l’observer et d’y répondre avec pertinence. Il est nécessaire de mettre en place des solutions pour que l’établissement demeure autant que possible un lieu protégé des intrusions venues de l’extérieur, et les nouvelles équipes mobiles de sécurité, en liaison avec le chef d’établissement, viennent en renfort des équipes éducatives. Elles doivent assurer la protection et la sécurité des personnes et des biens dans les établissements ou à leur abord immédiat par des contrôles, des dissuasions, la prise en charge temporaire des entrées et sorties des élèves, et en conséquence avec pour mission, d’assurer la sécurisation de proximité à l’entrée de l’établissement.
Mais il est nécessaire aussi de répondre aux difficultés de l’acte d’enseigner, dans ce contexte difficile où l’agression verbale l’emporte trop souvent sur la parole raisonnée. Il est nécessaire de placer devant des élèves en mal de reconnaissance, des enseignants préparés à l’atténuation du conflit, à la gestion de la situation de crise, des enseignants mieux formés, au-delà de la discipline qu’il enseigneront, aux situations humaines, aux dysfonctionnements sociaux qu’ils rencontreront dans leur métier.
Les militants des Autonomes de Solidarité Laïques le savent bien, qui participent, en s’appuyant sur la convention signée entre la Fédération et le Ministère de l’Education nationale, à l’information et à la formation des personnels sur ces sujets. Avec leurs partenaires notamment les organisations syndicales, mais aussi la MAIF avec laquelle ils proposent l’Offre Métiers de l’Education, ils continueront d’investir ce terrain, essentiel pour aider à rechercher une école plus apaisée.
Roger CRUCQ
Président de la FAS & USU