Quelles recommandations adresser aux personnels de l’éducation pour bien utiliser Internet et veiller à leur e-réputation [identité d’une personne sur Internet] ?

Édouard Geffray : Nous recommandons tout d’abord de sélectionner les informations personnelles accessibles en réglant les paramètres des réseaux sociaux et moteurs de recherche pour qu’ils soient les plus protecteurs possibles de la vie privée.

Il peut aussi être utile de rechercher régulièrement les informations accessibles sur le web. Cela permet de vérifier qu’il n’y a pas de fausses informations sur soi.

Il faut enfin être vigilant sur ses mots de passe et ne pas hésiter à utiliser des pseudonymes et différentes adresses email. Cela permet de limiter le piratage des comptes ou adresses.

La CNIL constate-t-elle une hausse du cyber-harcèlement des personnels de l’éducation ?

Édouard Geffray : Le cyber-harcèlement concerne plusieurs dizaines de plaintes enregistrées chaque année par la CNIL. Les cas les plus fréquents consistent en un faux profil créé sur un réseau social et du bashing [dénigrement] sur les réseaux sociaux.

Sur les 6 000 plaintes enregistrées par la CNIL en 2013, entre 10 et 15 portent sur des cas de cyber-harcèlement de personnels de l’éducation. La permanence juridique de la CNIL reçoit par ailleurs beaucoup d’appels d’enseignants qui cherchent à faire enlever des informations, sans toutefois formaliser de plainte. Ils ont alors besoin de conseils de la part de la CNIL. Les cas de cyber-harcèlement des enseignants doivent être mis en relation avec la croissance des réseaux sociaux, et notamment de Facebook, en France. À titre indicatif, les 13-17 ans ont en moyenne 210 « amis » Facebook.

En quoi la CNIL peut-elle aider un personnel de l’éducation cyber-harcelé ?

E.G : Le personnel de l’éducation a alors deux moyens d’action.

  • Faire valoir ses droits auprès du responsable du site web ou du réseau social. La CNIL met à disposition des lettres-types pour demander le retrait d’un contenu. Si l’enseignant n’obtient pas gain de cause, il peut déposer une plainte auprès de la CNIL. La CNIL engage ensuite une action pour obtenir la suppression de l’information ou du compte. Nous entretenons à cette fin des contacts privilégiés avec les principaux réseaux sociaux et responsables de sites.
  • Faire punir les auteurs de l’infraction. Dans ce cas-là, c’est le juge qui est compétent, la personne pouvant alors saisir le Procureur de la république compétent. À travers ses différents outils, la CNIL fait beaucoup de pédagogie pour prévenir le cyber-harcèlement. Il faut à cet égard rappeler que le cyber-harcèlement est répréhensible au pénal.

Que contient l’espace dédié aux enseignants de www.cnil.fr ?

E.G : Cet espace contient des conseils pour adopter et développer une pratique sécurisée d’Internet avec notamment des fiches pratiques sur la création de profil sur un réseau social, ou encore la navigation web en toute sécurité. Cet espace contient aussi 13 fiches pédagogiques pour animer des ateliers ou proposer des idées de débats ou d’exposés, comme par exemple « les données personnelles » ou « le cyber-harcèlement », etc. Des questions-réponses et liens utiles complètent cet espace très complet.

Un guide « informatique et libertés » est destiné aux chefs d’établissement du second degré. Il rappelle les règles à respecter lors de la création de fichiers ou de dispositifs de surveillance tels que la vidéosurveillance.

Quels sont les projets futurs de la CNIL et de votre espace dédié aux enseignants ?

E.G : La CNIL avait proposé que l’éducation au numérique soit désignée grande cause nationale pour l’année 2014. Cette proposition n’a pas été retenue par le Premier Ministre mais elle nous a permis de fédérer une cinquantaine d’acteurs autour de l’éducation au numérique. Grâce à ces échanges, nous avons affiné nos recommandations en matière de droits, devoirs et d’e-reputation. Plusieurs offres et services en ligne seront prochainement lancés.