Comment définir le harcèlement ?

Nicole Catheline : Le harcèlement recouvre trois critères :

  • une action intentionnellement agressive
  • répétée régulièrement (sans être forcément quotidienne)
  • qui vise à induire une relation dominant/dominé.

À la différence d’un fait de violence, le harcèlement vise la destruction de l’autre. Pour la victime du harcèlement, les conséquences sont d’ordre psychologique et social. Elles jouent notamment sur l’apprentissage : des études ont montré que les victimes ont plus de risque de faire un geste suicidaire à l’adolescence, puis de développer une dépression à l’âge adulte. Elles peuvent interrompre précocement leur études car elles associent le harcèlement avec le milieu scolaire et ont également beaucoup de difficultés à travailler ultérieurement dans des équipes par crainte de voir ressurgir le phénomène.

 

Quelles sont les caractéristiques du harcèlement entre élèves ?

Nicole Catheline : Le harcèlement peut commencer dès le primaire. Cela souligne l’importance d’une prévention précoce. Le harcèlement résulte, selon moi, d’un échec de la dynamique de groupe. Il varie selon l’âge et le sexe. Concernant l’âge, les plus grands ont tendance à harceler les plus petits.

Les formes de harcèlement diffèrent également selon le sexe : les filles répandent des rumeurs, alors que les garçons sont plutôt portés vers des actions physiques. J’observe cependant que le cyber-harcèlement concerne à la fois des filles et des garçons.

 

Harceleurs et harcelés ont-ils des points communs ?

Nicole Catheline : Ils partagent de nombreuses vulnérabilités. Ce sont des enfants ou adolescents mal dans leur peau et qui ont du mal à trouver leur place. Leurs difficultés s’expriment toutefois différemment : la victime veut plutôt passer inaperçue et ne pas se mêler aux autres, alors que les harceleurs ont au contraire besoin d’un public.

 

Comment faire face au harcèlement entre élèves ?

N. C. : Les personnels de l’éducation doivent avoir conscience que les enfants prennent modèle sur le groupe des adultes. Pour un travail de prévention efficace, il faut que ce groupe soit viable. Cela suppose une grande cohésion d’équipe et une propension à la concertation. Le chef d’établissement occupe un rôle clé vis-à-vis de ce groupe des adultes et du climat scolaire. Il doit gérer son équipe et prendre en compte les conflits.

 

Sur quels outils s’appuyer ?

N. C. : Des stages de formation peuvent aider les personnels à gérer des conflits. La communication non violente est l’une des clefs pour apaiser les relations. Elle consiste notamment à ne pas accuser directement, mais à mettre en avant ses propres émotions. Par exemple au lieu de dire : « tu ne m’aides jamais » formuler ainsi « quand tu m’aides, cela va plus vite et je me sens beaucoup plus capable ».

Ouvrages
– Psychopathologie de la scolarité, (troisième édition) Paris, Masson, 2011
– Harcèlements à l’école, avec Véronique Bedin, Paris, Albin Michel, 2008