De l’éducation partagée à l’éducation combinée

En suivant cette logique de pluri-éducation, chacun des acteurs a sa part de responsabilité dans la réussite du projet éducatif. Pour Anne-Sophie Benoît (ANDEV), les enjeux éducatifs à court terme de la relation collectivité locale-éducation visent à « réduire les échecs, mais aussi à mettre en place une pré-scolarisation des 2-3 ans ». « Une répartition égalitaire des offres scolaires et des enseignants sur le territoire est également important », ajoute-t-elle. « Il faut également agir sur tous les temps de l’enfant. D’une part sur le temps scolaire, péri et extra-scolaire ; mais aussi dans le passage école-collège-lycée, dans l’objectif d’une continuité éducative ».

Vers des synergies dans les politiques territoriales ?

Afin de dépasser un partage de l’éducation, les acteurs souhaitent désormais mieux combiner leurs actions. Pour Anne-Sophie Benoît, « il est nécessaire que toutes les collectivités territoriales travaillent ensemble pour la continuité et la cohérence des politiques éducatives ».

Le risque de fractures territoriales

Pourtant cette coopération n’est pas dépourvue de limites. Derrière le principe de décentralisation se cache le risque d’inégalités territoriales, déjà bien connus dans le primaire. Certains transferts de charges peuvent notamment être trop lourds pour la collectivité. Selon Anne-Sophie Benoît, « des inégalités entre urbain et rural existent, mais aussi entre les communes inscrites dans le plan Ecole numérique rurale et celles qui ne le sont pas ».

L’égalité entre territoires fait d’ailleurs partie des grandes discussions autour de la « refondation de l’école », initiée par Vincent Peillon. Anne-Sophie Benoît le souligne, « il faut mettre en relation le projet de loi sur la refondation de l’école avec le 3ème acte sur la décentralisation ». « L’enjeu est de définir avec l’Etat des priorités concernant l’éducation (à travers une sorte de cahier des charges) qui déterminerait ce qui est nécessaire dans toutes les collectivités et ce qui est nécessaire pour l’éducation des enfants ».

En termes de financements et d’interventions, les collectivités prennent une part de plus en plus importante dans la pluri-éducation. Certains personnels de l’éducation sont en contact direct avec les collectivités, notamment pour la gestion des personnels non enseignants : le directeur d’école avec le maire ou le Directeur de l’éducation de la ville, le principal avec la Direction de l’éducation du conseil général, le proviseur avec la Direction de l’éducation du conseil régional. Pour ces personnels, plus exposés que les autres, il est important de bien connaître le partage de compétences et de responsabilités afin de maitriser les potentiels, mais aussi les limites, de la relation collectivités-éducation.