La relation entre les familles et les enseignants est souvent décriée dans les médias. Pour autant se dégrade-t-elle ? Si parfois les relations entre les acteurs de l’école se tendent, s’agirait-il plutôt de dysfonctionnements que de véritables conflits ? Il existe bien des dérapages dans les relations parents-enseignants. Ils sont regrettables, mais ils ne doivent pas cacher que l’école demeure un lieu où l’on s’écoute et s’entend encore sur un objectif partagé : permettre aux enfants de se préparer au mieux à la vie.

L’école, un lieu d’interactions

L’école est un lieu de vie où se côtoient les enseignants, les élèves et leur famille. Ensemble ils partagent la volonté d’instruire les enfants, de les élever (au sens d’élévation de l’esprit) au-delà des certitudes, des habitudes, des émotions de la vie familiale. Cela peut générer des situations tendues. Alors, le dialogue devient primordial pour rappeler les règles et les exigences qui distinguent la vie à la maison de la vie en classe. L’école n’est pas un îlot isolé, protégé de toute difficulté, au milieu d’un monde tourmenté.

En matière d’autorité, il n’y a pas de rivalité entre les parents et les enseignants, mais plutôt une incompréhension des règles. L’école, outre la transmission des savoirs, doit aussi transmettre les valeurs et conduites indispensables à la vie collective. On ne gère pas une classe comme on gère ses enfants à la maison. En classe, les enfants sont devenus des élèves, les objectifs ne sont donc plus les mêmes au sein de l’école et de la famille. Il s’agit de deux moments d’éducation, qui ne sont pas rivaux, mais complémentaires.

Une école en quête de respectabilité

L’école ne renvoie plus cette image de « respectabilité », institution que l’on respecte en tant que source de la construction des hommes et des femmes qui pérenniseront notre société républicaine. Le métier de l’instituteur et du professeur est aujourd’hui essentiel car il porte cette mission majeure de service public. Mais trop utiliser l’école comme un outil de possible régulateur économique, trop comparer une école à une autre sans tenir compte des réalités socioéconomiques locales, trop confier à la seule école des missions de régulation de la souffrance sociale a immanquablement conduit à des pertes de repères.

Cette perte de repères se manifeste par de la déception chez des familles en attente d’une école qui permettra à leurs enfants de réussir. Pour les enseignants, qui, trop longtemps, se sont sentis abandonnés, elle se traduit par une perte de confiance. Il est heureux de voir le Ministre Vincent Peillon s’engager pour que la nation retrouve le sens de son école. La réflexion sur la « refondation » de l’école, à laquelle la Fédération des Autonomes de Solidarité participe au sein du groupe de travail « les élèves au cœur de la refondation », porte sur les fondamentaux de l’école. L’enjeu consiste à redonner toute sa signification à la fonction des enseignants, au rôle des familles et aux moyens qu’il faut dégager au service d’un vrai projet républicain.

Des faits, parfois anodins, déclencheurs de conflits

A travers les dossiers que traite la FAS, nous constatons que la majorité des dossiers de l’année 2010-2011 concerne, comme les années précédentes, les incivilités et petits faits de violence. 63 % des cas d’insultes ou menaces sur 2010-2011 impliquaient le responsable légal.

Des petits faits, des petites incompréhensions peuvent s’amplifier et prendre des dimensions importantes. Par exemple, lorsqu’un enseignant écrit un mot dans le carnet de correspondance de l’élève pour informer le parent de son mécontentement face à l’attitude de son enfant, il attend une coopération, un point de vue convergent pour aider son élève à modifier cette attitude. Et quand le lendemain, il reçoit, des mains de l’élève un mot des parents contredisant sa sanction, cela peut être ressenti comme un désaveu par l’enseignant ou une forme de déni de sa fonction. L’enfant devient le messager d’un désaccord naissant entre ses parents et l’enseignant. Ainsi, certains conflits pourraient être facilement évités à travers une meilleure compréhension mutuelle.

Maintenir la confiance réciproque parents-enseignants

Dans cette relation, très forte, entre les parents et les enseignants, il faut maintenir la confiance réciproque. Pour la FAS, les parents d’élèves ne sont pas les adversaires des enseignants. Ce sont des partenaires institués par la loi et représentés par leurs élus. Les enseignants travaillent avec les enfants, pour contribuer à les élever dans la société qui est la nôtre, à leur apporter de la connaissance, à leur transmettre des valeurs qui sont celles de l’effort individuel et collectif dans le respect de l’autre.

S’écouter et s’entendre, se parler et faire ensemble, construire des lieux d’échange et expliquer le sens des actes, constituent finalement des règles simples, mais qui ne sont possibles que dans une école apaisée, où la confiance est redevenue possible. Cette confiance naît d’une bonne identification des repères des uns et des autres.