En plein cœur du mouvement des personnels d’un lycée de Seine-et-Marne, deux enseignants de cet établissement évoquaient à la télévision la difficulté à enseigner à leurs élèves, eux-mêmes emportés dans leurs propres souffrances et peu disponibles pour l’acte scolaire. Ils disaient aussi leur crainte permanente de voir entrer dans leur établissement les violences extérieures et exerçaient pour l’exprimer, comme un cri d’alarme, leur « droit de retrait ».

 

La violence scolaire, comment se manifeste-t-elle ?
La violence en milieu scolaire, comme son nom l’indique, est tout simplement l’usage de la violence (par les élèves) envers les autres élèves(ou parfois envers les professeurs).
La violence scolaire se manifeste sous différentes formes : parfois physique (les plus graves), surtout verbale, et quelquefois (rarement) sexuelle. Les médias se focalisent sur les actes les plus graves, mais en réalité, il s’agit d’une succession de petites violences répétées, journalière, le plus souvent verbales (« schoolbullying » dans les pays Anglo-saxons) : entre les simples « incivilités » (insultes et menaces) et les faits tragiques, la violence scolaire se manifeste de manière très diverse.

 

Violence scolaire : nouveauté ou tendance de nos sociétés ?
Dans le débat médiatique actuel, cette violence juvénile occupe une place importante. Mais ce phénomène médiatique n’est pas nouveau. En effet, la violence scolaire est une donnée permanente de l’histoire de la jeunesse à travers les âges. Le seul critère à débattre, c’est le degré de violence.
Selon le psychiatre Philippe Jeammet,grand, spécialiste français de l’adolescence, la violence scolaire est liée « à la plus grande liberté d’expression accordée aujourd’hui aux enfants, liberté qui, par ailleurs, permet d’avoir des individus plus ouverts, plus curieux, plus entreprenants ».
Autre explication : la marginalisation d’une partie de la population à l’émergence de la société de consommation. C’est bien parmi les enfants des catégories sociales les plus défavorisées que se dégagent les élèves les plus violents.

L’évolution de la violence scolaire ces 5 dernières années
Ces cinq dernières années, la violence scolaire est de façon paradoxal, en baisse en terme de nombre d’acte de violence, mais ces actes sont plus graves qu’auparavant.
En outre, elle est de plus en plus mise en corrélation avec d’autres phénomènes sociaux bien plus problématiques : ghettoïsation de certains établissements concentrant les difficultés, les problèmes de racisme, la surmédiatisation, etc.
Mais les statistiques disponibles reposent aussi sur des affirmations souvent à caractère subjectif : elles sont la plupart du temps dépendantes à la fois des stratégies de chacun (chef d’établissement, recteur, professeur…), et parfois des injonctions de l’administration centrale. Généralement, la violence dans son caractère le plus grave reste un phénomène marginal en milieu scolaire.

 

Violence scolaire : les filles sont-elles devenues plus violentes que les garçons ?
Le nouveau phénomène est la montée de la violence féminine.
Selon Xavier Pommereau, psychiatre au CHU de Bordeaux, « il n’est plus rare de voir plusieurs filles attaquer une de leurs camarades pour une banale histoire sentimentale ». Gardons cependant à l’esprit que cette violence ne dépassera jamais, qualitativement et quantitativement, celle de leurs camarades masculins.

 

Quels sont les moyens pour lutter contre la violence scolaire?

a) Responsabiliser les élèves
La lutte trouve son point d’ancrage dans la responsabilisation des élèves. Celle-ci relève essentiellement de l’éducation (respect des règles et sanctions prévues lorsqu’elles sont enfreintes) et de la révision des réglementations disciplinaires dans les établissements.

b) Protéger et informer
Une des mesures récentes prises dans le cadre de la prévention contre la violence scolaire est l’instauration d’une « circonstance aggravante » lorsqu’elle concerne des personnels de l’Education nationale et de leurs familles.

c) Accompagnement par une équipe de pédagogues
Dans les établissements les plus exposés aux violences, une équipe spéciale de pédagogues a été instituée, afin de suivre de près les élèves les plus fragiles, les plus susceptibles de tomber dans la spirale de la violence.

 

Les moyens de luttes extrêmes

a) Présence policière
Pour les actes de violence les plus graves (avec arme ou mutinerie générale, viol ou meurtre), une intervention policière est souhaitable. Dans la pratique, ceci ne concerne que des cas très rares.

b) Fouille corporelle
Dans certains établissements, une équipe mobile de sécurité académique a été constituée. Sa mission est de prévenir (ou d’intervenir, le cas échéant) les violences, notamment en fouillant les personnes suspectées.

c) Vidéo surveillance
Enfin, l’installation de systèmes de vidéo-protection pourrait faciliter la prévention des actes de violence, au moins les plus graves. Ce système a été un temps préconisé pour tous les établissements, mais le projet est encore à l’étude.

En conclusion, il est nécessaire de mettre en place des solutions pour que l’établissement demeure autant que possible un lieu protégé des intrusions venues de l’extérieur, et les nouvelles équipes mobiles de sécurité, en liaison avec le chef d’établissement, viennent en renfort des équipes éducatives. Elles doivent assurer la protection et la sécurité des personnes et des biens dans les établissements ou à leur abord immédiat par des contrôles, des dissuasions, la prise en charge temporaire des entrées et sorties des élèves, et en conséquence avec pour mission, d’assurer la sécurisation de proximité à l’entrée de l’établissement.
Mais il est nécessaire aussi de répondre aux difficultés de l’acte d’enseigner, dans ce contexte difficile où l’agression verbale l’emporte trop souvent sur la parole raisonnée. Il est nécessaire de placer devant des élèves en mal de reconnaissance, des enseignants préparés à l’atténuation du conflit, à la gestion de la situation de crise, des enseignants mieux formés, au-delà de la discipline qu’il enseigneront, aux situations humaines, aux dysfonctionnements sociaux qu’ils rencontreront dans leur métier.

Les militants des Autonomes de Solidarité Laïques le savent bien, qui participent, en s’appuyant sur la convention signée entre la Fédération et le Ministère de l’Education nationale, à l’information et à la formation des personnels sur ces sujets. Avec leurs partenaires notamment les organisations syndicales, mais aussi la MAIF avec laquelle ils proposent l’Offre Métiers de l’Education, ils continueront d’investir ce terrain, essentiel pour aider à rechercher une école plus apaisée.