« L’école entre bonheur et ras-le-bol » : résultats de l'enquête et synthèse

Mise en ligne le 18 sept. 2012

La Fédération des Autonomes de Solidarité présente la 1ère enquête nationale de victimation* en milieu scolaire des personnels du 1er degré de l’éducation nationale. Menée par Eric Debarbieux et Georges Fotinos pour l'Observatoire International de la Violence à l’École, cette étude, inédite par son ampleur, apporte un éclairage national de la violence à l’école, mais aussi de la situation de l’ensemble des personnels des écoles maternelles et élémentaires.

* Fait d’avoir subi une atteinte, matérielle, corporelle ou psychique et d'en être conscient. 

    

Selon ses résultats, le climat scolaire est majoritairement considéré comme positif, mais la perception du climat scolaire varie en fonction du lieu d’affectation et de l’ancienneté. L’enquête constate par ailleurs un risque plus important d’être victime de violences (victimation) pour certaines catégories de personnels. D’une façon globale, cette étude révèle des problèmes fréquents de « comportements » des élèves, et fait état d’un sentiment de mutation et de perte de sens du métier.

 

Sommaire :

Un échantillon national représentatif

Une appréciation contrastée du climat scolaire

Des violences essentiellement verbales

Des difficultés fréquentes avec certains parents

Les personnels les plus exposés aux violences

Les comportements agressifs des élèves

Les inquiétudes et propositions d'améliorations de la part des personnels

Propositions et recommandations des auteurs du rapport

 

Un échantillon national et représentatif

D’avril à mai 2011, 11 820 personnels du 1er degré (sur 325 441 personnels du 1er degré recensés pour l’année scolaire 2011-2012) ont répondu en ligne à l’enquête. Sur cet échantillon représentatif, les fonctions des répondants vont du directeur avec décharge complète aux personnels des RASED (réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté). Cette enquête a été réalisée grâce au financement accordé par le dernier Médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, et par la Fédération des Autonomes de Solidarité & Union Solidariste Universitaire (FAS & USU).

En plus des 80 questions de l’enquête, les directeurs d’établissement ont été interrogés sur 17 questions spécifiques. La FAS & USU a diffusé ce questionnaire par voie électronique auprès de ses adhérents, les syndicats d’enseignants du premier degré ont également relayé le questionnaire de l’enquête.

 

Une appréciation contrastée du climat scolaire

Le climat scolaire est perçu positivement par une majorité de personnels du 1er degré : 91,6% le jugent «plutôt bon» ou «bon». Toutefois, les jeunes enseignants (moins de 6 ans d’ancienneté) apparaissent plus négatifs sur le climat scolaire, surtout lorsqu’ils travaillent dans l’éducation prioritaire. Un quart des jeunes enseignants travaillant dans l’éducation prioritaire ont ainsi exprimé une vision négative du climat scolaire.

La violence, la discipline et la vie d’équipe sont les principales variables du climat scolaire. Pour les personnels interrogés, le climat scolaire dépend d’abord de la perception de la violence (pour 20,1% d’entre eux), suivie par la gestion de la discipline (pour 10,6% d’entre eux) et par la vie d’équipe (6,1%).

 

Des violences essentiellement verbales

La violence reste limitée : 62% des personnels se déclarent « peu ou pas victimes d’actes de violence ou de délinquance », 26 % comme « victimes très occasionnelles » et 8,3% se désignent comme « victimes répétées ». A l’encontre des personnels du 1er degré, les violences verbales et symboliques sont plus importantes que les faits de violence physique : près d’un tiers des personnels victimes ont été injuriés.

 

Principaux types de victimation subie par les personnels :

 
% Victimes
Injures
35,80 %
Menaces
17,10 %
Ostracisme
14,50 %
Harcèlement
14,00 %
Vol
12,30 %
Dégradation de véhicule
10,70 %
Bousculades
5,60 %
Vol de véhicule (école)
5,30 %
Coups
3,60 %
Vol d'argent
3,30 %
Menaces avec armes
1,80 %
Insultes cyber
1,60 %
Vol dans véhicule (école)
0,70 %
Harcèlement sexuel
0,30 %
Blessure avec arme
0,04 %

 

Les faits de violence physique sont plutôt rares : 5,6% des répondants se déclarant victimes ont été bousculés violemment ; 3,6% ont été frappés ; 0,04% ont été blessés par une arme.

 

Des difficultés fréquentes avec certains parents

La violence est surtout interne à l’établissement et s’inscrit dans la relation éducative avec les parents d’élèves. En effet, les violences de la part des élèves sont rares : environ 8% des personnels se déclarent victimes de violence répétée de la part de leurs élèves ; 12,9% d’entre eux ont été insultés par des élèves. Les violences de la part des parents sont en revanche plus fréquentes : 20% des personnels ont été insultés par des parents et 12,7% menacés. La menace d’intrus à l’établissement apparaît comme faible : 0,02% des personnels du premier degré ont été frappés par des intrus ; 0,8% insultés par des intrus.

 

Les personnels les plus exposés aux violences

  • Les directeurs d’école

Les directeurs sont plus exposés à une violence verbale et physique, particulièrement venant des parents. Les personnels se disant les plus insultés (51% contre 36% pour les enseignants) sont les directeurs avec décharge complète. Ces violences viennent principalement des parents : 34,3% des directeurs à décharge complète ont subi des insultes de parents, 27% ont subi des menaces. Malgré leur rareté, les violences physiques par les parents atteignent de manière plus fréquente les directeurs : 2,1% des directeurs avec décharge complète sont bousculés par des parents (1,8% avec demi-décharge, 1% avec quart de décharge et 0,9% sans décharge contre 0,6% pour les enseignants).

  • Les personnels des zones d’éducation prioritaire

Les personnels exerçant dans des zones d’éducation prioritaire ont deux fois plus de chances d’être victimes de violence de la part de leurs élèves. La répétition de violences envers les personnels du premier degré apparaît aussi clairement liée à la situation sociale de leur école. Le risque d’être victime à répétition est quatre fois plus important selon que l’on exerce dans les écoles les plus défavorisées ou les plus favorisées.

  • Les enseignants des classes spécialisées

Les personnels enseignant dans les classes spécialisées sont nettement plus victimes de violence verbale à répétition (21,7% insultés quatre fois et plus contre 5,3% en moyenne pour les autres personnels)

 

Les comportements agressifs des élèves

37% des personnels interrogés reconnaissent avoir eu au cours de l’année des problèmes fréquents avec des enfants « gravement perturbés ». Ces problèmes sont rencontrés plus fréquemment dans les secteurs socialement défavorisés (rapportés par 1 enseignant sur 2 en zone urbaine sensible ou en établissement professionnel), mais sont loin d’être absents dans les zones favorisées (rapportés par 1 enseignant sur 3 hors des ZUS et 1 sur 5 en zone considérée comme très favorisée).

 

Les inquiétudes et propositions d’amélioration de la part des personnels

La dernière question de l’enquête portait sur le ressenti des personnels quant à leur pratique professionnelle et le bien-être dans les écoles. Le sentiment d’un mépris social quant à la fonction, une perte de respect social et un besoin de reconnaissance sont plus cités que les revendications de moyens.

  • Un sentiment d’une perte de sens, de déchéance sociale et de mutation globale du métier

A cette question ouverte, 81 % des répondants critiquent la hiérarchie proche et lointaine, les relations humaines au sein de l’éducation nationale, mais aussi de la manière jugée irréaliste et bureaucratique dont sont mises en œuvre les réformes.

  • Un malaise sociétal profond

80% des répondants évoquent la relation aux parents d’élèves, le sentiment de ne pas être respectés, reconnus et pris au sérieux comme professionnels, le dénigrement par les médias.

  • Une revendication claire en termes de moyens

71% des répondants demandent des moyens, surtout humains, et remettent en cause les suppressions de postes. Le nombre d’élèves par classe est la principale revendication, mais la demande d’enseignants surnuméraires pour dédoubler les classes, et bien sûr de personnels spécialisés est tout aussi importante.

 

Propositions et recommandations des auteurs du rapport

Les personnels du 1er degré vivent encore pour beaucoup un bonheur pédagogique, surtout au contact de leurs élèves. L’école primaire résiste mais, pour les personnels, le besoin d’être reconnu s’exprime fortement. La lutte contre l’exclusion sociale est nécessaire, mais au-delà de cette lutte difficile, plusieurs leviers de changement et d’amélioration existent :

  • Libérer du temps pour libérer la vie d’équipe et la communication avec les familles

Les auteurs préconisent notamment d’entamer une réflexion avec les collectivités locales pour mettre à disposition des directeurs un véritable secrétariat.

  • Mieux former les personnels à leur métier

Selon les auteurs, dès la formation initiale, les besoins sont criants en ce qui concerne la gestion des conflits et la communication avec les parents, en équipe entre enseignants, comme avec les élèves.

  • Adapter le rôle et la formation des personnels spécialisés

Pour les RASED, les auteurs recommandent de mettre en place des programmes de remédiation (et en particulier des programmes de développement de l’empathie, de communication non-violente, de développement des compétences sociales).

La présence d’un personnel surnuméraire pouvant aider les enseignants et les élèves dans les classes et mettre en place des projets différents et des dédoublements serait un facteur facilitant. Plus qu’un abaissement global et impossible du nombre d’élèves par classe c’est bien la présence dans les écoles de ces aides qui sera efficace.

  • Tendre vers un autre modèle pour les relations humaines

Selon les auteurs, le modèle pyramidal a vécu. Il est même considéré par les personnels des écoles comme une «violence institutionnelle». La réflexion doit donc progresser – mais avec ces personnels – sur l’équilibre entre une autonomie réelle et un pilotage raisonnable et non bureaucratique de cette autonomie dans un cadre national.

La mise en place d’une vraie médecine du travail et de la prévention, d’un accompagnement et d’une écoute non hiérarchique des personnels doivent aller de pair avec un développement du travail en équipe.

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