Comme chaque année depuis plus d’une décennie, L’Autonome de Solidarité Laïque (L’ASL) publie son baromètre national. Pour cette édition 2025, L’ASL s’appuie sur les données de l’année scolaire 2024-2025, issues des dossiers ouverts dans le cadre de l’accompagnement de ses adhérents. Les résultats dressent un bilan d’une année 2024-2025 marquée par la montée des tensions, la banalisation des violences et la lenteur des réponses institutionnelles. En cinq ans, le nombre de dossiers traités a bondi de 23 %. Violences, accusations calomnieuses, harcèlement : loin d’une crise ponctuelle, les chiffres recensés traduisent l’installation durable d’un climat de tension ordinaire.

 

Les chiffres clés

“ En 2024/2025, L’ASL a été saisie de 12 374 dossiers contre 10 865 en 2023/2024, soit 12 % d’augmentation. Ces chiffres ne sont pas que des colonnes dans un tableau : ils traduisent une souffrance réelle ”

Jean-Louis Linder, Président de L’ASL

Le baromètre repose sur l’analyse de 12 374 situations portées à la connaissance de L’ASL par des enseignants, AESH, directeurs, autres personnels d’éducation, … et ayant donné lieu à une ouverture de dossier.
Les données mettent en lumière la typologie et la gravité des tensions vécues sur le terrain.

  • 63 % de ces situations présentent une portée juridique (plainte, procédure disciplinaire, contentieux).
  • Seuls 8 % des dossiers aboutissent à un dépôt de plainte.
  • La protection fonctionnelle n’est accordée que dans 23 % des dossiers traités par L’ASL et judiciarisés.
  • Les directeurs d’école, qui ne représentent que 5 % des adhérents, concentrent à eux-seuls 9,5 % des saisines.
  • Les diffamations et dénonciations calomnieuses enregistrent une hausse spectaculaire de +176 % sur cinq ans

Des personnels de plus en plus exposés et isolés

Si les demandes de simples renseignements juridiques progressent comme chaque année fortement (16 % des saisines), signe d’un besoin croissant de clarification juridique et de reconnaissance institutionnelle, les situations conflictuelles et infractions représentent encore la grande majorité des saisines (84 %), tandis que les tensions internes (entre collègues ou avec la hiérarchie) représentent une part croissante des dossiers.
Cette année encore, les enseignants du premier degré constituent la majorité des dossiers (43 %), les directrices et directeurs d’école apparaissent les plus exposés : ils sollicitent L’ASL deux fois plus que les chefs d’établissement du second degré et plus de trois fois plus que les enseignants du premier degré qui constituent pourtant la majorité des adhérents.
Les représentants légaux d’élèves constituent 41 % des tiers impliqués, suivis des élèves (près de 17 %) et des collègues (10 %).

Ces chiffres témoignent d’un climat conflictuel persistant, où les personnels peinent à trouver écoute et soutien, et expriment un besoin d’accompagnement, se tournant par conséquent vers L’ASL.

Des territoires inégalement touchés

La cartographie nationale révèle des écarts significatifs entre académies.
Les taux de sinistrabilité les plus élevés sont observés en Guyane (5,43%), à Nancy-Metz (4,32 %) et à Lyon (4,01 %).
À l’inverse, les académies de Corse (1,19 %), Guadeloupe (1,29 %) et Poitiers (1,60 %) présentent les taux les plus faibles.

L’analyse de L’ASL : des tensions devenues structurelles

Ce baromètre ne décrit ni des cas isolés ni une crise passagère, mais illustre une tendance de fond qui témoigne d’un climat de tension préoccupant. Les personnels d’éducation sont confrontés à une violence insidieuse, banalisée, mal reconnue et trop souvent laissée sans réponse adaptée.
Derrière chaque dossier, il y a une personne exposée, parfois en conflits, parfois mise en cause injustement, souvent laissée seule face à des procédures, à la pression hiérarchique ou à l’indifférence.
L’école est le miroir d’une société sous tension, mais elle ne peut en être le réceptacle.

Une spirale à enrayer : tensions et usure du métier

Les fragilités économiques, les fractures sociales et la défiance envers les institutions affaiblissent le dialogue entre les familles et les personnels, inscrivant durablement un climat scolaire détérioré dans un cercle vicieux (défiance croissante entre familles et personnels, dialogue rompu ; tensions qui s’installent ; multiplication des cas extrêmes et judiciarisation accrue), avec pour conséquences, l’épuisement des personnels et une fragilisation de l’École sur le long terme. Les insultes, menaces et mises en cause sont désormais perçues comme « ordinaires ». Ce qui relevait de l’exception devient la norme, nourrissant une usure silencieuse et une perte d’autorité durable.

La protection fonctionnelle : un droit souvent méconnu et un soutien en demi-teinte

Ce droit fondamental, prévu par l’article L134-1 du Code général de la fonction publique, oblige l’administration à protéger ses agents contre les menaces, violences, injures, diffamations ou outrages. La protection fonctionnelle devrait s’appliquer de plein droit à tout agent mis en cause dans l’exercice de ses fonctions. Pourtant, en 2024-2025, seules 23 % des demandes ont été acceptées, soit 198 sur 864 dossiers judiciarisés traités par L’ASL. Elle reste par ailleurs marginale à l’échelle globale.
Les motifs de refus les plus fréquents : contestation du lien avec le service, renvoi à la sphère privée, lenteur des procédures, ….
L’ASL constate une application hétérogène selon les académies, pour un même type de situation. Cette incertitude crée de la confusion et fragilise les agents concernés. L’ASL y voit une double peine : non seulement les agents subissent une attaque mais ils ne sont pas reconnus comme victimes.

Le plaidoyer de L’ASL

“ Ce que nous disent ces 12 374 dossiers, ce n’est pas l’exception, c’est la règle. L’institution est à bout de souffle et ceux qui la font vivre sont de plus en plus seuls.(...) Il est temps d’arrêter les effets d’annonce et de construire une réponse structurelle. ”

Jean-Louis Linder, Président de L’ASL

Face à une situation devenue structurelle, L’ASL appelle les pouvoirs publics à des mesures immédiates et concrètes :
1. Application uniforme, automatique et immédiate de la protection fonctionnelle en cas de violences, menaces ou outrages.
2. Prise en charge par l’État des frais de justice, du soutien psychologique et médico-social.
3. Formation obligatoire des étudiants LPE sur les risques et l’environnement juridiques du métier.
4. Renforcement des formations juridiques pour tous les personnels et gestionnaires RH.
5. Synergies accrues entre Justice et Éducation nationale, avec une meilleure sensibilisation des magistrats aux réalités du terrain

En résumé

Le baromètre 2024-2025 confirme une crise systémique : les tensions entre les personnels et leur environnement de travail – familles, élèves, hiérarchie – s’installent dans le quotidien scolaire et tendent à se banaliser tandis que la protection des personnels reste lacunaire. Pour L’ASL, « il est urgent d’en finir avec la maltraitance institutionnelle, de briser l’isolement des personnels et de restaurer l’autorité de ceux qui incarnent l’École. » L’association réaffirme son engagement à écouter, former et défendre les agents du service public d’éducation, et appelle à une refondation urgente du soutien institutionnel pour que l’école redevienne un sanctuaire respecté et protégé.