Médiatrice de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur depuis 2017, Catherine Becchetti-Bizot joue un rôle central dans la résolution des conflits entre l’institution scolaire, ses usagers et ses personnels. Ancienne inspectrice générale de l’Éducation nationale, ancienne directrice du numérique pour l’éducation et spécialiste des questions liées aux transformations du système éducatif, elle pilote aujourd’hui un réseau national de médiateurs chargés de favoriser le dialogue et l’apaisement des tensions au sein de la communauté éducative.

À l’occasion d’un entretien consacré au rôle de la médiation dans la gestion des litiges entre l’administration et ses usagers ou ses personnels, et dans la prévention des violences en établissement scolaire, elle revient sur les missions de la médiation, le dialogue au sein de l’institution scolaire et l’accompagnement des personnels.

Quel est le rôle de la médiatrice de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur ?

“ En principe, le médiateur n'intervient qu'en deuxième instance lorsqu'un premier recours gracieux a été déposé auprès de l'administration ou du supérieur hiérarchique. Si la démarche n'a pas abouti, le médiateur peut être contacté. ”

Le médiateur de l’Éducation nationale est d’abord un tiers de confiance, un tiers en qui le système éducatif a placé sa confiance pour favoriser le dialogue et permettre une meilleure compréhension entre deux personnes en situation de litige, qu’il s’agisse d’usagers, de personnels ou d’un autre acteur de la communauté éducative comme les familles, par exemple. Lorsqu’il y a un litige, le médiateur a pour mission d’aider, de manière neutre et impartiale, chacune des parties à renouer le dialogue et à trouver une issue à leur désaccord. En principe, le médiateur n’intervient qu’en deuxième instance lorsqu’un premier recours gracieux a été déposé auprès de l’administration ou du supérieur hiérarchique. Si la démarche n’a pas abouti, le médiateur peut être contacté. La solution trouvée par l’intermédiaire du médiateur doit convenir aux deux parties ; il ne doit pas y avoir de perdant dans l’affaire. Le souci du médiateur est ainsi de faire en sorte que la solution soit construite et acceptée par les deux protagonistes du conflit. Cette solution doit être pérenne, stable et doit respecter le droit. Même si le rôle du médiateur est de faire valoir la dimension humaine et particulière de chaque situation, la solution proposée doit s’inscrire dans le cadre de la légalité en privilégiant l’équité.

En quoi consiste la médiation ?

“ Nous contribuons à informer et à expliquer des décisions qui semblent opaques ou injustes aux usagers. ”

Notre instance n’a pas de pouvoir de décision, mais un pouvoir d’influence et de persuasion. Nous contribuons à informer et à expliquer des décisions qui semblent opaques ou injustes aux usagers ; nous faisons en sorte que les requérants aient une meilleure connaissance du fonctionnement du système et que l’administration prenne mieux en compte la situation individuelle des requérants. A partir des saisines, nous formulons également des recommandations aux ministres afin d’alerter sur certains dysfonctionnements et de faire en sorte d’améliorer le système.

Pour répondre à ces différentes missions, la médiatrice de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur s’appuie aujourd’hui sur un réseau de 86 médiateurs académiques et sur un pôle national de médiation. En 2024, les médiateurs de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur ont traité 23 700 saisines, un chiffre en forte progression ces dernières années. 

Qui peut saisir la médiatrice de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur et dans quelles situations ?

“ En principe, le médiateur n'intervient qu'en deuxième instance lorsqu'un premier recours gracieux a été déposé auprès de l'administration ou du supérieur hiérarchique. Si la démarche n'a pas abouti, le médiateur peut être contacté. ”

La médiatrice de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur peut être saisie à la fois par des usagers du service public de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur (parents d’élèves, étudiants, élèves, adultes en formation) et par des personnels (enseignants, agents, cadres, personnels techniques…). L’une des priorités du médiateur est de faire en sorte que le dossier soit correctement instruit et de reformuler clairement les termes du conflit. Lorsque l’instruction a été réalisée, le médiateur organise des allers-retours entre les deux parties jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée. Cela peut se faire oralement (par téléphone), par écrit, voire en présence quand la situation s’y prête. Le médiateur est souvent amené à mettre en contact des acteurs placés à différents niveaux de la hiérarchie et qui se trouvent donc dans une relation asymétrique. Un acteur peut avoir des difficultés à formuler sa demande ou à contester une décision vis-à-vis d’un supérieur hiérarchique ; le médiateur intervient alors pour rétablir une égalité entre les deux protagonistes afin qu’ils aient un échange constructif.

Quelle est la nature des réclamations qui vous sont le plus souvent adressées ? Quels sont les personnels les plus visés ?

“ Aujourd'hui, les usagers représentent plus des trois quarts des saisines adressées aux médiateurs, tandis que les personnels constituent près d'un quart des demandes. ”

Aujourd’hui, les usagers  élèves, familles et étudiants  représentent plus des trois quarts des saisines adressées aux médiateurs, tandis que les personnels constituent près d’un quart des demandes. 

S’agissant des usagers, la plupart des saisines concernent les questions d’inscription et d’affectation dans les établissements. Les conflits au sein des établissements représentent désormais 40 % des saisines des élèves et de leurs parents et ont connu une très forte progression ces dernières années. Les usagers saisissent également la médiation sur des contestations relatives aux examens, aux concours, aux diplômes ou aux notations. 

S’agissant des personnels, la plus grande partie des saisines porte sur des questions liées aux mutations et affectations des enseignants, au déroulement de carrière, ainsi qu’aux questions financières (rémunération, retraite, trop-perçus, heures supplémentaires). Les demandes de médiation liées aux relations professionnelles ont fortement augmenté ces dernières années : elles représentent désormais 13 % des saisines effectuées par les personnels, avec une progression de 78 % en cinq ans. 

Les médiateurs constatent également une montée des comportements agressifs ou violents dans les relations entre les différents acteurs de la communauté éducative. Les réseaux sociaux contribuent parfois à amplifier les tensions et les incompréhensions. De nombreux personnels expriment un sentiment de fragilité, de remise en cause de leur légitimité et de leur autorité dans l’exercice quotidien de leurs missions. 

En 2024, les médiateurs de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur ont traité 23 700 saisines, soit une hausse de 16 % en un an et de 50 % en cinq ans. Cette progression témoigne d’un besoin croissant d’écoute, d’explications et d’accompagnement de la part des usagers comme des personnels. 

Quel regard portez-vous sur le travail de L’ASL, qui consiste à protéger les personnels d’éducation et à apaiser le climat scolaire ?

“ Je suis heureuse que la culture de la médiation ainsi que l’accompagnement des personnels soient développés au sein de votre association. ”

J’ai connaissance de la convention entre L’ASL et le ministère de l’Éducation nationale. Je suis destinataire des informations de l’association et je suis attentivement ses différentes actualités. Dans les académies, mon réseau de médiateurs est amené à collaborer avec elle. Je pense qu’il y a des rencontres possibles avec L’ASL sur des thématiques communes telles que la justice et l’équité. Les sujets que nous avons en commun sont au cœur de notre mission de médiateur. Je suis heureuse que la culture de la médiation ainsi que l’accompagnement des personnels soient développés au sein de votre association. Nos médiateurs, comme les membres de votre réseau, sont d’anciens acteurs de l’Éducation nationale. C’est important, parce que cela apporte une écoute ainsi qu’une attention particulière envers les personnels et cela témoigne d’un attachement fort au service public de l’Éducation.

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