Insultes et menaces
Mis à jour le 26/05/2026
Comme chaque année depuis plus d’une décennie, L’Autonome de Solidarité Laïque (L’ASL) publie son baromètre national du climat scolaire, fondé sur les situations vécues par les personnels d’éducation qu’elle accompagne. Cette édition 2025-2026 confirme une progression durable des difficultés rencontrées sur le terrain : en cinq ans, le nombre de dossiers accompagnés par L’ASL a augmenté de 36 %. Au-delà de cette hausse globale, le baromètre met en évidence une évolution de la conflictualité : les faits directs ou isolés laissent davantage place à des engrenages relationnels durables et à des crises numériques.
“ Ce qui relevait hier de l’exception devient le quotidien. ”
Le baromètre repose sur l’analyse des 13 015 dossiers confiés à L’ASL au cours de l’année scolaire 2025-2026. Ces saisines concernent l’ensemble des catégories de personnels et couvrent aussi bien les demandes de conseil que les conflits ou les situations pouvant entraîner des suites juridiques.
60,9 % des situations présentent une portée juridique, c’est-à-dire qu’elles concernent des faits susceptibles d’entraîner une plainte, une procédure disciplinaire ou d’autres suites juridiques.

L’évolution sur cinq ans fait apparaître un déplacement des difficultés rencontrées par les personnels. Les conflits à risque de bascule désignent des dégradations relationnelles latentes, comme des incompréhensions récurrentes avec les familles ou des tensions managériales. Sans constituer une infraction pénale immédiate, ces situations peuvent dégénérer et nécessitent d’être identifiées et accompagnées le plus en amont possible.

Les responsables légaux constituent 38,9 % des tiers impliqués dans les dossiers, devant les élèves (17,5 %). À eux deux, parents et élèves concentrent ainsi 56,6 % des signalements.
Mais les tensions concernent aussi la sphère professionnelle interne : collègues et hiérarchie sont impliqués dans 20,9 % des dossiers.
Les enseignants du premier degré sont à l’origine de 47 % des saisines, contre 27 % pour leurs collègues du secondaire. La situation des directrices et directeurs d’école apparaît particulièrement marquante : alors qu’ils représentent 5 % des adhérents, ils sont à l’origine de 18 % des dossiers.
Avec une moyenne nationale de 2,8 %, le taux de sinistrabilité, qui rapporte le nombre de dossiers au nombre d’adhérents, révèle des écarts importants entre les académies.
Les taux les plus élevés sont enregistrés à Nice (4,8 %), Nancy-Metz (4,6 %), Paris (4,2 %) et Lyon (3,9 %). À l’inverse, la Corse et Poitiers affichent les taux les plus faibles, à 1,2 %. La cartographie fait ainsi apparaître des variations allant du simple au quadruple selon les territoires.
La protection fonctionnelle constitue un autre point d’attention du baromètre. Sur 1 133 demandes de protection fonctionnelle dont L’ASL a eu connaissance, seules 364 ont été accordées, soit 32,1 %. Plus de deux demandes sur trois sont donc classées comme non accordées ou suspendues. Ces situations comprennent les refus explicites de l’administration, mais aussi l’absence de réponse, les dossiers en attente de pièces ou l’absence de retour de l’adhérent.
Le baromètre met également en évidence la faiblesse des suites judiciaires apportées aux situations ayant fait l’objet d’un dépôt de plainte. Pour L’ASL, ce faible taux de réponse contribue au sentiment d’isolement des personnels confrontés.

Pour L’ASL, la formation constitue l’un des principaux leviers de protection des personnels. En 2025, 7 038 personnels ont été formés par l’association, à travers 184 formations représentant 543 heures.
Le baromètre souligne parallèlement un recul du volume d’heures de formation, lié notamment à la diminution des formations conduites dans le cadre des conventions avec l’Éducation nationale.
Face aux difficultés observées sur le terrain, L’ASL identifie dans son baromètre six priorités :
Le baromètre 2025-2026 confirme une hausse durable des saisines et une évolution de la nature des tensions, avec davantage de conflits relationnels qui s’installent dans le temps. Il met également en évidence les limites des réponses apportées en matière de protection fonctionnelle et de suivi judiciaire, renforçant pour L’ASL la nécessité d’agir en amont par la prévention, la formation et l’accompagnement des personnels.