Les personnels à mission d’éducation, d’accompagnement et de soutien peuvent faire l’objet d’accusations mensongères, de la part des enfants, de leurs parents ou de collègues. Agressions, violences sexuelles ou encore harcèlement : lorsque les faits sont graves, les accusations risquent de ternir immédiatement et définitivement l’image de la personne en cause. La personne injustement dénoncée, par ailleurs, encourt des risques judiciaires, administratifs ou disciplinaires. Les conséquences sont lourdes sur le plan psychologique.

Un directeur d’école, victime de dénonciation calomnieuse de faits de harcèlement, témoigne en 2022(1) : « le regard des gens a changé au sein de l’école. La situation n’était pas lisible pour les parents et j’aurais été toujours associé à une faute professionnelle ». Le directeur a par la suite pris la décision de quitter ses fonctions.

Comment réagir en cas de dénonciation calomnieuse ?Un moyen de défense légal existe pour les personnes accusées à tort : porter plainte. Un accompagnement psychologique est également recommandé pour se relever de cette situation préjudiciable.

Dénonciation calomnieuse : définition et exemples

“ Il y a dénonciation calomnieuse quand une personne, pour nuire à une autre, l’accuse de faits qui sont susceptibles de ternir sa réputation d’une part, de la faire sanctionner d’autre part. ”

La dénonciation calomnieuse constitue un délit défini et encadré aux articles 226-10 à 226-12 du Code pénal(2) :

« La dénonciation, effectuée par tout moyen et dirigée contre une personne déterminée, d’un fait qui est de nature à entraîner des sanctions judiciaires, administratives ou disciplinaires et que l’on sait totalement ou partiellement inexact, lorsqu’elle est adressée soit à un officier de justice ou de police administrative ou judiciaire, soit à une autorité ayant le pouvoir d’y donner suite ou de saisir l’autorité compétente, soit aux supérieurs hiérarchiques ou à l’employeur de la personne dénoncée, est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. »

Il y a dénonciation calomnieuse quand une personne, pour nuire à une autre, l’accuse de faits mensongers qui sont susceptibles de ternir sa réputation d’une part, et de la faire sanctionner d’autre part.

Quels sont les éléments constitutifs de ce délit ?

La loi et la jurisprudence déterminent les éléments qui caractérisent le délit de dénonciation calomnieuse.

  • Un mensonge : le dénonciateur sait que les faits dont il accuse la personne sont totalement ou partiellement inexacts, et que les accusations vont lui porter préjudice. La justice confirme que les faits sont faux : la personne accusée à tort est relaxée. Si la justice condamne la personne accusée, à l’inverse, le dénonciateur ne peut être jugé pour dénonciation calomnieuse.
  • Des faits punissables : les accusations portent sur des faits que la justice ou la hiérarchie condamne, c’est-à-dire que la dénonciation calomnieuse est caractérisée à condition que la victime risque une sanction judiciaire ou disciplinaire – amende, prison, suspension, mutation, etc.
  • Des faits dénoncés à une autorité : l’auteur de la dénonciation doit s’adresser soit à la police, soit à une personne autorisée à transmettre les faits à la police (médecin et assistante sociale, par exemple), soit à la hiérarchie de la personne accusée (directeur de crèche ou d’établissement, par exemple).

Quelle est la différence entre dénonciation calomnieuse, injure et diffamation ?

La dénonciation calomnieuse, la diffamation et l’injure sont des infractions qui portent atteinte à l’honneur ou à la réputation d’une personne. Parmi ces trois infractions, la dénonciation calomnieuse est le délit le plus durement sanctionné : jusqu’à cinq ans de prison et 45 000 euros d’amende.

  • Contrairement à la dénonciation calomnieuse, la diffamation porte sur des faits qui peuvent être vrais ou faux. L’injure ne porte pas sur des faits : il s’agit d’expressions outrageantes, de termes de mépris ou d’invectives.
  • Injure et diffamation sont caractérisées, peu importe la personne destinataire des propos, alors que la dénonciation calomnieuse doit être adressée à une personne ayant le pouvoir d’y donner suite.

Risques spécifiques à l’encontre des personnels d’éducation, d’accompagnement et de soutien

“ La rivalité ou une profonde mésentente entre collègues peut inciter des collègues malveillants à faire de fausses accusations. La vexation d’un enfant ou de ses parents, peut inciter à se venger, en portant de fausses accusations à l’encontre de l’éducateur, de l’enseignant ou de l’animateur. ”

Enseignants, éducateurs ou encore animateurs : les personnels à mission d’éducation, d’accompagnement et de soutien sont exposés au risque de dénonciation calomnieuse à deux égards notables.

  • La rivalité ou une profonde mésentente entre collègues peut inciter des collègues malveillants à faire de fausses accusations.
  • La vexation d’un enfant ou de ses parents, peut inciter à se venger, en portant de fausses accusations à l’encontre de l’éducateur, de l’enseignant ou de l’animateur.

Exemples de dénonciations calomnieuses

La jurisprudence illustre les risques de dénonciation calomnieuse dans les établissements du second degré.

  • Le 25 mars 2025(3), la cour administrative d’appel (CAA) de Toulouse annule le jugement du tribunal administratif refusant la protection fonctionnelle à un professeur d’EPS victime de dénonciation calomnieuse.
    En l’espèce, des élèves préalablement exclues d’un cours du professeur et une assistante d’éducation l’avaient accusé de comportements très inappropriés. Interrogées de nouveau, les élèves et l’assistante d’éducation étaient revenues sur leurs accusations, mettant le professeur hors de cause et excluant toute éventualité de procédure disciplinaire. Le professeur avait demandé le bénéfice de la protection fonctionnelle, sur le fondement des dénonciations calomnieuses dont il avait été victime, mais le recteur de l’académie de Toulouse avait refusé. La CAA de Toulouse annule cette décision, au motif que les graves propos calomnieux, ayant durablement alimenté des rumeurs infondées, ont porté atteinte à la réputation, à l’intégrité et à la santé du professeur, justifiant l’octroi de la protection fonctionnelle sur le fondement de la dénonciation calomnieuse.
  • Le 19 juin 2018(4), la Cour de cassation confirme la condamnation de 31 parents d’élèves à une amende de 1 000 euros avec sursis pour dénonciation calomnieuse à l’encontre d’un professeur de sport d’un collège des Landes.
    En l’espèce des parents d’élèves avaient dénoncé, en écrivant au ministre de l’Éducation nationale, au recteur de l’académie et au directeur académique des services départementaux de l’éducation nationale et, pour certains d’entre eux, en déposant plainte, des comportements brutaux, agressifs, humiliants et intrusifs imputés à un professeur d’EPS ainsi qu’à deux autres enseignants et deux autres membres du personnel du collège. La procédure avait fait l’objet d’un classement sans suite et les auteurs de cette dénonciation avaient été poursuivis pour dénonciation calomnieuse. Le tribunal correctionnel puis la Cour d’appel ont condamné les parents d’élèves pour dénonciation calomnieuse, et ces derniers se sont pourvus en cassation. La Cour de cassation a rejeté le pourvoi en considérant que les prévenus ne pouvaient ignorer le caractère, à tout le moins partiellement inexact, des faits de nature à entraîner des sanctions qu’ils dénonçaient à des autorités administratives et judiciaires susceptibles d’y donner suite.

Les personnels de crèches, d’écoles, d’associations sportives et culturelles ou encore d’instituts médico-sociaux sont exposés à des risques similaires. Exemple :

  • En 2009(5), la Cour de cassation confirme la condamnation à six mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve d’un parent d’une élève mineure pour dénonciation calomnieuse à l’encontre du personnel d’une école maternelle. La maîtresse, l’agent ATSEM, l’auxiliaire puéricultrice et la directrice étaient accusées à tort d’agressions.

Comment réagir en cas de dénonciation calomnieuse ?

“ Sollicitez les conseils de L’ASL, ses militants, ses avocats-conseil. Ils sont à vos côtés pour vous soutenir, vous accompagner et vous orienter. ”

1 – Au travers d’un rapport écrit, consignez l’évènement et signalez les faits à votre hiérarchie et/ou votre service des ressources humaines. Si vous êtes agent de la fonction publique, demandez la protection fonctionnelle. Elle permet, en cas de mise en cause dans une affaire judiciaire, de solliciter l’accompagnement humain et financier de votre administration. La jurisprudence, dans un arrêt de la cour administrative d’appel de Paris de 2023(6), par exemple, confirme qu’un enseignant victime de dénonciation calomnieuse bénéficie de la protection fonctionnelle.

2 – Pour constituer un dossier solide, il est important que vous réunissiez un maximum de preuves : des témoignages pour prouver que les accusations sont fausses ou partiellement fausses et des expertises médicales pour prouver le préjudice psychologique, notamment.
La difficulté sera d’établir la mauvaise foi du dénonciateur, qui résulte de la connaissance de l’inexactitude des faits qu’il a dénoncés : l’auteur a sciemment dénoncé des faits qu’il savait inexacts.

3 – Sollicitez les conseils de L’ASL, ses militants, ses avocats-conseil. Ils sont à vos côtés pour vous soutenir, vous accompagner et vous orienter :

  • Si nécessaire, ils peuvent vous orienter vers des professionnels du soutien psychologique.
  • Ils pourront apprécier le cadre juridique et vous accompagner dans vos démarches.

4 – L’avocat-conseil de L’ASL devra démontrer l’inexactitude de l’accusation, puis vous accompagnera dans le dépôt de plainte pour dénonciation calomnieuse s’il dispose d’éléments concrets qui vous mettent expressément hors de cause.

5 –  Des poursuites peuvent être engagées contre les auteurs de la dénonciation calomnieuse, qui risquent des amendes lourdes et des peines d’emprisonnement significatives (jusqu’à cinq ans de prison et 45 000 euros d’amende).

En vous constituant partie civile à la suite d’une plainte, vous pourrez être indemnisé des préjudices subis (atteinte à l’honneur, sanction disciplinaire, préjudice moral, etc.).

Que faire si la dénonciation calomnieuse s’accompagne de diffamation ?

Lorsqu’une personne est victime d’une dénonciation calomnieuse, elle doit prouver la fausseté des accusations avant de pouvoir engager des poursuites contre l’auteur des propos. Or, cela peut prendre du temps. L’auteur de la calomnie risque alors de s’exprimer auprès de son entourage, ou pire, en public. La rumeur se propage, aggravant l’atteinte à l’honneur et à la réputation de la victime.

Il est possible d’agir sur le fondement de la diffamation en attendant de porter plainte pour dénonciation calomnieuse, pour endiguer le phénomène de propagation. Deux types d’actions sont envisageables :

  • Lorsque les propos diffamatoires et calomnieux sont exprimés par écrit, la victime peut demander la suppression du support ou le retrait immédiat de la publication en ligne. Sur internet, la demande peut être faite indifféremment à l’auteur des propos, au responsable du site ou à l’hébergeur. Sur les réseaux sociaux, il faut utiliser le mécanisme de signalement des contenus illicites.
  • Si la demande de retrait n’est pas satisfaite, ou si l’auteur de la diffamation s’exprime à l’oral, la victime peut utiliser la procédure du référé pour accélérer la cessation des propos.

Ces actions préalables, sur le fondement de la diffamation, sont essentielles pour ne pas aggraver les conséquences sur le plan psychologique. Cela n’empêche pas d’agir sur le fondement de la dénonciation calomnieuse une fois la fausseté de l’accusation prouvée : l’auteur est plus lourdement sanctionné sur ce fondement que sur celui de la diffamation.

Dans le même
dossier