Depuis quand êtes-vous adhérente à L’ASL ? Et pourquoi avez-vous choisi d’adhérer ?
“ Cette situation m’a fait comprendre à quel point il est essentiel d’être accompagnée lorsque l’on est mise en cause dans l’exercice de ses fonctions. ”
Je suis adhérente à L’Autonome de Solidarité Laïque depuis plusieurs années. Comme beaucoup de collègues, j’ai adhéré de manière préventive, parce que
notre métier comporte des risques que l’on ne mesure pas toujours. À l’époque, je ne pensais pas forcément en avoir besoin un jour, mais la situation que j’ai vécue m’a fait comprendre à quel point il est essentiel d’être accompagnée lorsque l’on est mise en cause dans l’exercice de ses fonctions.
Pouvez-vous nous parler de la problématique à laquelle vous avez été confrontée ?
“ Ce parent envisageait de porter plainte contre moi pour propos racistes. ”
Les faits remontent au mois de mars dernier. J’étais alors en arrêt de travail, alitée à mon domicile, lorsque
j’ai reçu un appel de ma principale adjointe. Elle m’a demandé de rappeler un parent d’élève, car
ce parent envisageait de porter plainte contre moi pour propos racistes.
On m’accusait d’avoir utilisé l’expression « parler petit nègre » à l’encontre d’une élève. Cette, accusation m’a profondément choquée. D’une part, parce que cette élève n’est pas du tout racisée, et, d’autre part parce que je suis moi-même d’origine espagnole et que j’ai déjà été victime de propos racistes par le passé. J’ai toujours soutenu cette élève depuis le début de l’année scolaire. Sur le moment, je me suis dit qu’il y avait forcément une erreur, que l’on ne se trompait de personne. Mais très vite, j’ai compris que ces reproches m’étaient bien adressés.
Comment a réagi votre hiérarchie ? Vous a-t-elle soutenue, en tant qu’enseignante victime d'accusations mensongères de propos racistes ?
“ J’ai ressenti à la fois un soutien humain, réel, et une forme de frilosité institutionnelle. ”
Les accusations sont remontées directement par la voie hiérarchique, puisque les parents ont contacté l’établissement. C’est la principale adjointe qui m’a appelée pour m’en informer. Dans un premier temps, elle m’a demandé de rappeler les parents. Sur le plan humain, elle s’est montrée à l’écoute. Elle a pris le temps de m’expliquer calmement la situation et de recueillir ma version des faits. Elle m’a dit qu’elle comprenait mon incompréhension et mon choc, et qu’à ce stade, rien ne permettait d’affirmer la véracité des accusations. À ce moment-là, je ne mesurais pas encore la gravité de la situation, tout restait très flou. J’ai ressenti à la fois un soutien humain, réel, et une forme de frilosité institutionnelle.
À quel moment avez-vous pris contact avec votre délégation ? Quel a été l’accompagnement de L’ASL ?
“ J’ai eu un suivi immédiat, humain et très rassurant. ”
Au tout début de l’affaire, j’ai d’abord fait appel à un avocat personnel. Mais je devais effectuer moi-même toutes les démarches et, dans l’état de fatigue et de stress dans lequel je me trouvais, c’était extrêmement difficile à gérer.
C’est à ce moment-là que j’ai contacté L’Autonome de Solidarité Laïque.
J’ai eu un suivi immédiat, humain et très rassurant. J’ai d’abord échangé avec
la collaboratrice technique de la délégation, qui m’a longuement écoutée, sans jugement. Elle a pris le temps de comprendre la situation, de mesurer mon état émotionnel. Avec la délégataire, elles m’ont expliqué les premières étapes possibles et m’ont conseillé de demander la protection fonctionnelle.
Ensuite, la délégataire m’a orientée vers un avocat-conseil de L’ASL. Ce qui m’a frappée, c’est la disponibilité des interlocuteurs : on me rappelait à n’importe quel moment, y compris en dehors des horaires habituels. Je me suis sentie soutenue, entourée et surtout soulagée de ne plus avoir à gérer cela seule.
L’avocat-conseil de L’ASL est intervenu rapidement. Il m’a expliqué que si le racisme est évidemment une réalité grave et préoccupante, il arrive aussi que des fonctionnaires soient victimes d’accusations mensongères, formulées sous le coup de l’émotion ou de la colère.
Nous avons longuement échangé sur l’utilisation de certaines expressions anciennes de la langue française et sur le contexte dans lequel elles peuvent aujourd’hui être interprétées. L’avocat a estimé qu’il était nécessaire de réagir fermement afin de rappeler que l’on ne peut pas porter impunément de telles accusations auprès de la hiérarchie.
Il a donc rédigé une lettre comminatoire à destination de la mère de famille, rappelant le cadre juridique et le risque que ces accusations pouvaient constituer un délit de dénonciation calomnieuse.
Où en est le dossier aujourd’hui ?
“ La stratégie adoptée a permis de mettre un terme à la situation. ”
La stratégie adoptée a permis de mettre un terme à la situation. Suite à l’envoi de cette lettre,
il n’y a pas eu de suites de la part de la mère de famille. Les accusations se sont arrêtées là. Cette issue m’a permis de souffler et de retrouver un peu de sérénité, même si ce type d’événement laisse des traces.
Heureusement, j’ai bénéficié d’un accompagnement à la fois humain, juridique et très réactif. Cela a clairement fait avancer les choses plus vite et m’a permis de me sentir protégée dans un moment extrêmement éprouvant.
Avec L’ASL, on a affaire à des militants qui connaissent vraiment le milieu. Ils comprennent nos contraintes, nos responsabilités, et la violence que peuvent représenter certaines accusations.