Illustration du témoignage d'un enseignant victime de menaces de mort

Professeur des écoles en classe de CP, Gabriel F., adhérent de L’Autonome de Solidarité Laïque, a été confronté à des insultes et des menaces de mort de la part d’un membre de la famille d’un élève. Il revient sur cette expérience marquante et sur l’accompagnement dont il a bénéficié.

Depuis quand êtes-vous adhérent à L’ASL ? Et pourquoi avez-vous choisi d’adhérer ?

“ Je n'imaginais pas que j'allais en avoir besoin aussi rapidement. ”

J’ai adhéré à L’ASL peu de temps avant les faits. J’en avais entendu parler, je m’étais renseigné et j’ai adhéré un peu par précaution, sans raison particulière à ce moment-là.
Je n’imaginais pas que j’allais en avoir besoin aussi rapidement. Finalement, le fait d’avoir adhéré juste avant a été déterminant, parce que j’ai pu être accompagné immédiatement, dès que la situation s’est produite.
Avec le recul, je comprends à quel point c’est important. Le jour où quelque chose arrive, on n’est pas seul face à la situation.

Vous avez été victime d’insultes et de menaces dans le cadre d’un conflit avec un parent. Pouvez-vous nous en parler ?

“ Il m’a insulté, puis menacé de mort. Ce qui m’a marqué, c’est le geste qu’il a fait en même temps (...), il n’y avait aucun doute sur la nature de la menace. ”

Tout est parti d’une situation qui s’était tendue avec les parents d’un élève. Ils estimaient que leur enfant avait peur de venir en classe, évoquant des maux de ventre. Le père avait même déposé une main courante, ce que j’ai appris par la suite.
Un rendez-vous avait été fixé avec la famille et la directrice, à la sortie de l’école, pour faire le point. Mais la situation a basculé juste avant ce rendez-vous. Un membre de la famille, l’oncle de l’élève, s’est présenté et m’a interpellé directement.
Très vite, le ton est monté. Il m’a insulté, puis menacé de mort. Ce qui m’a marqué, c’est le geste qu’il a fait en même temps : il a passé son pouce sous sa gorge. À ce moment-là, il n’y avait aucun doute sur la nature de la menace.
Sur le moment, c’est un choc. On est dans son école, devant des parents, parfois devant des témoins, et tout bascule en quelques secondes.
J’ai immédiatement déposé plainte. Mais les choses ne se sont pas arrêtées là. Dans les jours qui ont suivi, la mère de l’élève a publié plusieurs contenus sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook et TikTok. Elle y évoquait la situation, les démarches engagées, et mettait en cause l’école. Même si mon nom n’apparaissait pas, il était facile de faire le lien. Les publications ont été relayées, commentées, et la situation est sortie du cadre de l’école.
Avec la directrice, nous avons décidé de déposer une nouvelle plainte pour diffamation. Malgré cela, les publications ont continué pendant un certain temps. Ce qui est difficile, c’est que la procédure ne met pas fin immédiatement au conflit. Il se prolonge autrement, et cela maintient une forme de pression au quotidien.

À quel moment avez-vous pris contact avec votre délégation ? Quel a été l’accompagnement de L’ASL ?

“ J’ai été guidé. J’ai pu avancer étape par étape, en sachant quoi faire et à quoi m’attendre. ”

Les démarches ont été engagées immédiatement après les faits, avec l’appui de la directrice. Sur le moment, j’étais sous le choc, donc le fait d’être accompagné dès le départ a été essentiel.
J’ai contacté L’ASL le jour même. J’avais besoin de comprendre ce que je devais faire, dans quel ordre, et surtout de ne pas rester seul face à la situation. La délégation m’a très vite orienté vers un avocat-conseil. À partir de là, j’ai été guidé. J’ai pu avancer étape par étape, en sachant quoi faire et à quoi m’attendre.
En parallèle, une fiche a été renseignée dans le registre de santé et sécurité au travail, un fait établissement a été signalé et l’Inspection de l’Éducation nationale (IEN) a été informée immédiatement.
C’est ensuite l’IEN qui a engagé les démarches institutionnelles, notamment la demande de protection fonctionnelle, qui m’a été accordée, ainsi que le signalement au procureur de la République.
J’ai également été arrêté par mon médecin. C’était nécessaire, à la fois à cause du choc, mais aussi pour ma sécurité. Après des menaces aussi explicites, je ne pouvais pas reprendre immédiatement dans ces conditions. L’avocat m’a accompagné tout au long de la procédure, jusqu’à l’audience au tribunal correctionnel. Cela m’a permis d’aborder chaque étape avec des repères. Au-delà des aspects juridiques, il y a aussi eu un accompagnement humain de la délégation. A chaque étape, le délégataire prenait de mes nouvelles. Dans ces moments-là, pouvoir échanger, être écouté et soutenu, ça compte énormément.

Où en est le dossier aujourd’hui ?

“ Le dossier n’est pas terminé, puisqu’un appel a été formé (...). ”

L’affaire concernant l’agression a été jugée par le tribunal correctionnel. Lors de l’audience, l’auteur des faits a reconnu les insultes, même s’il a contesté les menaces. Il a été déclaré coupable et condamné à six mois d’emprisonnement avec sursis, avec une interdiction d’entrer en contact avec moi pendant trois ans. Des dommages et intérêts m’ont également été accordés.
En parallèle, une procédure avait été engagée pour diffamation à la suite des publications sur les réseaux sociaux. Cette plainte a été classée sans suite.
Le dossier principal n’est pas terminé, puisqu’un appel a été formé sur les dispositions pénales. Je reste donc accompagné dans cette nouvelle étape. Sur le plan professionnel, des aménagements ont été mis en place pour apaiser la situation. L’élève a été changé de classe, ce qui a permis de limiter les contacts avec la famille. J’ai repris mon activité, mais la situation s’inscrit dans la durée. Ce type d’événement ne s’efface pas rapidement.
Aujourd’hui, je continue d’exercer mon métier, mais avec un regard différent. Cette expérience m’a fait prendre conscience de la réalité de certains risques et de l’importance d’être accompagné lorsqu’on y est confronté.

* Par souci d’anonymat, le prénom a été modifié

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